Plume d'hiver

Une plume d'hiver, des plumes diverses

La saga du sans-emploi (I)

Ayant essuyé un nouveau refus hier (« pas d’expérience sur le terrain »), j’ai envie d’écrire sur mon problème quotidien : le chômage. Je pourrais me lamenter sans fin sur l’incompétence des administrations, les innombrables lettres de refus toutes plus originales les unes que les autres, les conséquences sociales… mais je vais me limiter à un sujet particulier pour aujourd’hui.

L’ami (travailleur) qui vous veut du bien

Tout chômeur le sait : seul quelqu’un ayant été ou étant encore chômeur pourra comprendre ce qu’il endure.
A côté de cela, il y a tous les autres : les parents accusateurs (« on t’a payé des études, ce n’est pas pour que tu deviennes chômeur ! » Pchht, comme si on devenait chômeur par choix de carrière… je parle pour moi là), la famille – faussement – compatissante (« on sait que c’est dur. Si tu as besoin de nous, n’hésite pas ! D’ailleurs, je connais une femme dont le frère de la meilleure amie est cadre dans une entreprise, si tu veux je peux lui parler de toi ?« ) et surtout les amis qui vous veulent du bien. Si, si, je vous jure : ils ne veulent que votre bien !

Ayez le malheur d’en croiser au cours d’une fête et vous aurez droit à la conversation suivante :
(en vert, l’ami-qui-vous-veut-du-bien. Marié, 2 enfants, la trentaine passée. Une maison, deux voitures, un boulot depuis qu’il a fini ses études de comptable à 22 ans. Madame est, au choix, secrétaire/institutrice/assistante sociale.)

– Ça va la recherche d’emploi ?
– [déjà démoralisée par la tournure que va prendre la conversation et peu désireuse de continuer dans cette voie] Ça va.
– Ça fait combien de temps que tu as fini tes études, rappelle-moi ?
– … 3 ans.
– Et tu n’as trouvé aucun boulot depuis ?!
– Il faut croire que non… [ajoutant mentalement : « … imbécile »]
– Pourtant ce n’est pas compliqué de trouver de l’emploi ! Il suffit d’ouvrir le journal et il y a des offres d’emploi par centaines !
– Ah oui en effet : pour des boulangers, des comptables, des tourneurs, des secrétaires !
[changeant brusquement de cap] – Et si tu suivais une formation ? Je ne sais pas, une langue, ou un autre métier.
[l’agacement pointe son nez] – Tu ne crois pas que j’ai déjà suffisamment étudié ? Je suis déjà trop vieille et trop diplômée pour la plupart des emplois qui cherchent des jeunots de moins de 26 ans avec un diplôme le plus bas possible pour les payer le moins possible. Et de toute façon, la dernière fois que j’ai voulu suivre une formation pour me réorienter on m’a recalée car c’était trop éloigné de mes études et donc ils ne voyaient pas pourquoi je voulais la suivre !
– Tu ne fais aucun effort.

Certes.

Ça me rappelle une soi-disant « conseillère » de l’agence pour l’emploi : au cours d’une convocation de groupe, je lui ai demandé jusqu’à quel point on pouvait me forcer à abaisser mes prétentions par rapport à mon diplôme. Elle m’a jeté un regard noir, a levé le nez avec dédain et a lâché « Madame, c’est la crise. Vous devez prendre ce qui se présente. »

Dans ce cas, je me demande bien à quoi cela sert de pousser les jeunes à faire des études qui coûtent des milliers d’euros, si au final c’est pour les envoyer cuire des frites chez Quick. Auquel cas il y aura forcément quelqu’un pour crier au scandale parce que « avec son diplôme, il pourrait avoir un meilleur poste que ça, il vole la place d’un pauvre jeune sans diplôme qui ne peut pas postuler ailleurs » !

En attendant, les meilleurs postes que ça, je les attends toujours.
Quand je postule pour mon diplôme, on me répond que a) je n’ai pas assez d’expérience b) je n’ai pas les qualifications requises c) on ne me répond pas.
Quand je postule sous mon diplôme, on me répond que a) je n’ai pas assez d’expérience b) je n’ai pas les qualifications requises c) on ne me répond pas d) je ne postule même pas, car il est spécifié « moins de 26 ans exclusivement et/ou pas d’études supérieures ».

Alors, cher ami travailleur qui ne veut que mon bien, fais-moi plaisir et ferme ta grande bouche. Tu n’y connais rien si tu n’as jamais connu le chômage. La pile de candidatures (refusées) de 10 cm d’épaisseur ne signifie pas que je ne fais aucun effort ; elle signifie que mes efforts ne sont pas récompensés. Quand cent candidats se présentent pour un poste, et ce pour chaque poste pour lequel je postule, mes chances sont maigres. Pour l’instant il y a toujours eu meilleur que moi. Peut-être qu’un jour le vent tournera, mais en attendant je ne suis pas la seule responsable de ma situation.

A bon entendeur, salut.

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